Tribune : Kassory FOFANA, le SLECG, les Forces Sociales et l’opposition : 1 contre 3 (Aboubacar Mandela CAMARA)

Nul ne nie l’expertise, la bravoure et l’expérience du Premier Ministre, Ibrahima Kassory FOFANA alias Don Kass. Il connait l’administration guinéenne, les rouages de la présidence de la République et les défis de l’économie nationale.

A la suite de plusieurs acrobaties, il a obtenu ce qu’il voulait : le poste de Premier Ministre. Ce qui fait de lui, ipso facto, un des nombreux pressentis successeurs du Pr Alpha CONDE, président de la République dont le tout dernier mandat prendra fin en décembre 2020.

Depuis son arrivée, il continue à tenir tête aux acteurs des remous socio-politiques qui secouent le pays. On est tenté de lui dire : bravo, tu es un vrai homme ! Mais, avec le recul, on ne peut s’empêcher de poser un certain nombre de questions :

– Pourquoi et comment parvient-il à défier tous ces acteurs ?

– Jusqu’où pourra-t-il tenir ?

– N’a-t-il pas peur de perdre si tôt tous les privilèges liés à sa fonction de PM ?

Voilà autant de questions qui méritent une profonde analyse.

En effet, il faut tout d’abord rappeler que le PM, Ibrahima Kassory FOFANA, a hérité de deux problèmes majeurs : la revendication salariale du SLECG (Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée) et la revendication des acteurs politiques liée à l’installation des élus locaux. Le troisième problème majeur est l’œuvre de son gouvernement à savoir : l’augmentation du prix du litre de carburant à la pompe de 8.000 à 10.000 GNF.

S’il est parvenu à amadouer l’opposition pour empêcher les marches habituelles dont la violence se passe de commentaire, pour l’instant, le bras de fer continue face aux Forces Sociales de Guinée et le SLECG. Les flèches et accusations quotidiennes se passent également de tout commentaire.

Revenons sur le cas de l’opposition, on sait qu’il entretient depuis fort longtemps des amitiés avec certains leaders dont la voix porte. Sa tournée dans les QG de certains grands partis tels l’UFDG et l’UFR a porté des fruits, à savoir la signature d’un accord de partage des communes rurales et urbaines qui étaient sujets de discorde sans tenir compte de l’expression populaire. Nous en connaissons tous les conséquences qui s’en suivirent et qu’on n’a pas fini encore de gérer.

Parlant du dossier du SLECG qui a, certainement, précipité le départ de certains ministres tels Ibrahima Kalil KONATE et Albert Damantang CAMARA voire, tout au plus, le gouvernement de Mamady YOULA tout entier ; il reste toujours pendant.

Lors de son passage dans l’émission ‘’Guinée actu’’ à la RTG Koloma, le PM, Ibrahima Kassory FOFANA, a ouvertement indiqué qu’il n’est pas possible d’octroyer 8.000.000 GNF comme salaire de base pour les enseignants. Une déclaration qui a irrité le SLECG et qui l’a poussé, à son tour, de clamer haut et fort que « sans 8.000.000 GNF, pas d’école. ».

La tension ne fait que monter et, élèves et parents d’élèves s’en inquiètent sérieusement, alors que la date de l’ouverture des clases est fixée au 03 octobre par le Ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (MENA). Au même moment, de nouvelles structures syndicales naissent ici et là, sous financement, dit-on, de certains cadres de l’administration. Sans oublier l’autre faction du SLECG pilotée par Madame Kadiatou BAH.

Le SLECG conduit par le très populaire, Aboubacar SOUMAH, fait donc face à une crise interne et une hostilité externe, ainsi que le refus du gouvernement à faire bouger les lignes.

Concernant les Forces Sociales de Guinée (FSG), il faut souligner de passage, qu’elles sont constituées de plusieurs plateformes des organisations de la société civile guinéenne, majoritairement, de jeunes déterminés à ramener le prix du litre du carburant à la pompe à 8.000 GNF d’où le slogan ‘’8.000 GNF ou rien’’. La mauvaise organisation, les suspicions, les infiltrations, les tentatives de corruption, la résignation de la population et l’utilisation de mesures draconiennes par le gouvernement ont, très tôt, affaibli ces FSG. En tout cas, momentanément.

Entre temps, un groupuscule s’est désolidarisé des Forces Sociales originelles en criant à la manipulation. Il s’agit, précisément, de ceux qui ont refusé de prêter serment sur les livres saints (le Coran et la Bible) comme l’exige le nouveau code de conduite des FSG. Là encore, la politique de « diviser pour régner » commence à produire ses effets. En longueur de journée, d’anciens camarades se jettent des flèches via les réseaux sociaux et médias traditionnels.

Face à tous ces multiples remous, on se demanderait bien si le gouvernement Kassory et, lui en personne, pourraient tenir longtemps. Tout ce que l’on sait c’est que le président de la République, Pr Alpha CONDE, a horreur des manifestations récurrentes qui, comme un ouragan, sont capables d’emporter beaucoup sur leur passage. En fin politicien, il n’hésiterait aucunement de laisser des têtes tomber pour sauver la sienne comme ça a été le cas du gouvernement précédent.

Tant mieux ! Car, le Premier Ministre, Kassory FOFANA, a déjà laissé entendre qu’il préfère démissionner que de baisser le prix du litre du carburant à la pompe. On sait aussi qu’il a déjà dissout ses ambitions politiques avec son parti (Guinée Pour Tous) au sein du RPG Arc-En-Ciel (le parti au pouvoir). Mais, tout cela, c’était à cause de la primature.

Maintenant qu’il est à la tête de cette primature que nous désignons comme étant « sa calebasse de lait », il reste à savoir s’il va continuer la bataille contre les Forces Sociales, le SLECG et l’opposition au risque de la perdre.

L’avenir nous en édifiera !

 

Aboubacar Mandela CAMARA

Sociologue/Enseignant-Chercheur/Consultant

 

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