Alpha sur TV5-RFI : Comment Moussa Dadis aurait-il pu réagir à l’interview cassante du président guinéen ?

En termes d’interview à faire analyser dans les écoles de journalisme, celle que le président Alpha Condé a accordée à nos confrères de TV5, RFI et Le Monde, pourrait être un prototype. Tant cet entretien s’est déroulé dans une tension extrême. Certains médias ont même parlé de non-interview, tant Alpha Condé aura enchainé récriminations et réprobations pour déstabiliser, semble-t-il, les journalistes français venus le questionner à l’orée de la célébration de l’an 60 de l’indépendance de la Guinée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le président Alpha Condé a servi une prestation anxiogène à ses interlocuteurs, et in fine au public qui s’est intéressé à cette interview couperet, diffusée en simultané, le dimanche 30 septembre dernier sur TV5 et RFI.

Allusion goguenarde à Emmanuel Macro…

Cette cinquantaine de minutes d’interview a été saisie par le chef de l’Etat guinéen comme une tribune de confrontation franco-guinéenne. Toute proportion gardée, le locataire du Palais Sekhoutourea s’est comme servi une sorte de numéro de répétition du duel historique Sékou Touré versus Général de Gaule, le 25 août 1958. La passe d’arme verbale entre les deux hommes, suite à l’annonce péremptoire faite par Sékou Touré, de la décision de la Guinée de choisir l’indépendance, reste gravée dans la mémoire collective. Ne vous y méprenez pas ! Il ne s’agit nullement de l’ouvrage publié à la veille du 2 octobre 2018.

Ainsi, sous le prétexte réaffirmé qu’il n’avait de temps que pour parler des conditions d’accession de la Guinée à la souveraineté, Alpha Condé s’est fendu d’un discours musclé sur les représailles de la France contre la jeune République de Guinée, qui venait de lui brûler la politesse à travers  le ‘’Non’’ historique du 28 septembre 1958. Alpha Condé en avait tellement gros sur le cœur qu’il n’aura pas résisté à l’envie mordante de s’adresser à son homologue français, Emmanuel Macron. Et cela sur un ton à la limite goguenard. « Les citoyens français doivent savoir ce qui s’est passé. Le président Macron a 38 ans, il n’était pas encore né. Donc, il ne connait pas et il doit savoir quelle a été l’attitude de la France en 1958. » A assené le président octogénaire de la Guinée, qui avait gagné la France à l’âge de 15 ans.

L’Elysée s’en est-il ému ?

Une semaine après sa diffusion, c’est à se demander si cette interview cassante, accordée à nos confrères de TV5, RFI et Le Monde, a retenu l’attention de l’hôte du Palais de l’Elysée et du gouvernement français. En tout cas, parmi les personnalités présentes à la célébration de l’an 60 de la Guinée, le 2 octobre dernier, on a noté un représentant du gouvernement français, à travers le ministre de la Défense Jean Ives Le Drian, dépêché à Conakry à la place du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui venait de présenter sa démission au président Macron.

En tout cas, il y a fort à parier que l’attitude incisive d’Alpha Condé, bien que jusque-là peu amène avec les médias guinéens, ne semble s’expliquer que par le fait qu’il avait en face des journalistes dont le crime est d’être français.

Alors, cette attitude peut-elle susciter des écueils entre Alpha Condé et le pouvoir français ? Même si, dans la même interview, le président guinéen a revendiqué de ‘’bons rapports’’ avec Emmanuel Macron. En effet, il reste à savoir si ‘’malmener’’ des journalistes français, peut avoir moins de conséquence pour un dirigeant africain que si la confrontation était entre lui et une personnalité de l’Etat français. Ou plus généralement entre un dirigeant africain et un représentant d’un pays occidental.

Dadis l’avait appris à ses dépens…

Car, en la matière, le Capitaine Moussa Camara, chef de la junte militaire qui a pris le pouvoir en Guinée en 2008, en a appris à ses dépens. Le chef du CNDD, s’en était d’abord pris, publiquement, au représentant de la société russe Rusal, puis à l’ambassadeur allemand en Guinée. Suivra enfin sa prise de becs à distance, avec le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner à qui, il rappela que : « La Guinée n’est pas un arrondissement de la France ». M. Kouchner n’avait-il pas lancé, au lendemain des massacres du stade 28 septembre : « La France ne peut plus travailler avec le Capitaine Camara ». La suite, vous la connaissez ! D’ailleurs, quelle a bien pu être la réaction de Moussa Dadis Camara, depuis son exil forcé à Ouagadougou, quand il a vu la prestation de celui qu’il qualifiait ‘’d’homme rusé’’ ? En tout cas, l’homme du 23 décembre 2008, pourrait avoir eu la nostalgie de ses ‘’Dadis show’’ d’un certaine époque.

Talibé Barry

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