Guinée : Incivisme à ciel ouvert ! (Une chronique de Algassimou Baldé)

La Guinée serait-elle une nation qui évolue dans une autre planète, en marge des autres pays ? Continuera-t-elle à donner de mauvais exemples au reste du monde ? Continuera-t-elle à rejeter toutes les règles élémentaires de la vie sociale ?

On a fini par fouler au sol toutes les valeurs cardinales de respect, de civisme, de dignité, de décence et de morale. L’incivisme est à l’image de la corruption, de la bauxite dans notre pays : il est partout et sévit à toutes les échelles de la société.

L’autre semaine, au carrefour de Lambanyi, les passants et autres automobilistes ont été témoins d’une scène irréaliste digne d’un film hollywoodien : un chauffeur gare en plein chaussée pour téléphoner. Un jeune conducteur qui réussit tant bien que mal à se frayer un chemin, arriva à son niveau. Poliment, il lui signale qu’il obstrue le passage, et le prie de libérer le passage. Quand il finit sa sale besogne, à la surprise générale, le chauffeur indélicat vint doubler à toute pompe tous ceux qui avaient réussi à passer, (au vu et au su des agents de la police routière), pour brusquement venir barrer la route au jeune conducteur qui lui avait gentiment fait la remarque qu’il n’avait pas du tout appréciée. Face à l’effet de surprise, celui-ci cassa les feux arrières du conducteur indélicat. Il s’en suivit une dure altercation entre les deux. Le monsieur qui se présentait comme un officier imbu d’orgueil, gonflé à bloc, s’estimant même au-dessus de la mêlée, et par-là au-dessus des lois de la République, exigea du jeune le remplacement de ses feux. Face au refus catégorique de celui-ci, le provocateur menaça non seulement de faire embarquer la voiture du jeune conducteur pour la fourrière, mais aussi de le coffrer.

Ah oui, mes chers compatriotes, des exemples de ce genre, il y en a à boire et à manger dans notre pays. Face à ce libertinage, tous les témoins de la scène réagirent et voulurent s’en prendre au pseudo officier. N’eut-été l’intervention d’un vieux sage, respecté de tous, la suite risquait d’être lugubre pour l’officier délinquant.

Et que dire des soirs après 16h, toutes les rues de Kaloum et de plus en plus celles des banlieues proches sont envahies par des jeunes dont le rêve est d’être Pelé, Ronaldo, Messi et qui sais-je. Gare à l’automobiliste qui voudrait emprunter ces terrains de foot de fortune sans leur autorisation ou celui qui, téméraire, force le passage et par malheur, fait éclater un ballon. On te fera comprendre que cette portion de terre est leur propriété personnelle sur laquelle, ils ont la primeur de la jouissance.

Où est l’État dans ce cas ? Où est la puissance publique, chers compatriotes ? Il en est de même des femmes qui au rythme d’instruments de musique organisent de la mamaya, les week-ends, sur les mêmes ruelles insalubres. Et ces mamayas se poursuivent des fois jusque tard la nuit. Vivement le tapage nocturne au son de musiques de toutes sortes. Conducteur tant pis pour la vignette que tu as payée.

Pas besoin de dire que sur les rares routes qui ont le privilège d’être ‘’nettoyées’’, tous les matins, on aperçoit les braves femmes, vêtues d’uniformes, balayer les trottoirs et jeter les ordures dans les caniveaux. En obstruant le passage des eaux usées, elles croient naïvement avoir bien fait. Pourquoi dans notre pays, tout fonctionne à l’envers ? La moindre manifestation de rue est l’occasion de s’en prendre aux symboles de l’État et autres. Les corniches nord et sud de Conakry ont été envahies par la construction anarchique de villas cossues, empêchant le reste de la population de jouir des délices de la mer qui est pourtant notre patrimoine commun. Du pont 8 novembre, on risque de ne plus voir la belle vue des îles de Loos. La mer est repoussée par endroits pour élever des habitations sans souci des impacts sur l’écosystème et la biodiversité.

Ce qui reste des jardins publics en face du lycée de Donka ou de l’hôpital Ignace Deen, a été bradé au grand dam des élèves et des malades. Simplement parce que des fonctionnaires véreux tapis dans l’ombre ont empoché quelques billets verts.

Au même moment, un monsieur qui a construit dans une zone réservée à Abidjan voit impuissant son immense immeuble de 10 étages mis à terre. Et que dire de nos médecins et agents de santé qui ont prêté le sermon d’Hippocrate, et plus loin qui parjurent. Car, à l’arrivée des malades dans les hôpitaux, leur souci majeur est de se faire le maximum de sous à des fins personnelles au vu et au su du malade impuissant.

Devant le malade, ils empochent sans gêne aucune l’argent qui, partout ailleurs, irait aux caisses de l’établissement. Combien de patients ont connu des morts atroces voire précipitées faute d’argent.

À signaler cependant qu’au Sénégal tout près ici, une fois qu’un patient est admis à l’hôpital, la priorité, c’est lui d’abord et la facture bien après. Et gare à celui qui accompagne le malade de décrocher son portable à l’intérieur de la salle. À notre aéroport, en partance pour l’étranger, les sacs à mains sont fouillés avec désinvolture au passage de la sécurité où on s’entend souvent dire ‘’moufan nabhe’’, contrairement à la plupart des aéroports du continent où les passagers font l’objet d’une fouille systématique : (enlèvement de tout objet métallique, de chaussures, passage au scanner, etc.).

Incivisme, des personnes qui se permettent d’agresser policiers et gendarmes qui pourtant sont censés assurer l’ordre et la sécurité dans la cité. Incivisme aussi, des cadres véreux qui confondent les caisses de l’État avec leurs propres poches.

Incivisme enfin quand les populations de Fatoya à Siguiri, envahissent les installations minières de la SAG, en dépit de toutes les réalisations faites gracieusement par cette société qui est pourtant présentée comme un modèle de responsabilité sociétale à encourager. Un réel motif pour détourner tout investissement sérieux de la destination Guinée.

Pour toutes ces raisons, vivement la reprise ou tout au plus l’intensification des cours de morale et d’éducation civique dans les établissements scolaires.

Algassimou Baldé

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