Moralisation de la vie publique : « Kassory devrait d’abord établir toute la vérité sur l’authenticité de son diplôme de docteur ». Dixit l’écrivain Ibrahima Sanoh

Le jeune écrivain et essayiste guinéen, Ibrahima Sano, était l’invité de l’émission L’Actu au scanner de la radio City Fm 88.1, ce mercredi 13 février  2019. Il s’est prêté aux questions d’un des reporters de votre quotidien en ligne, pour parler, entre autres, de la lutte contre la  corruption en Guinée. Un fléau contre lequel, il avait marché, l’an dernier, de Kindia à Conakry.

Depuis la nomination du Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, certains observateurs disent sentir un engagement chez lui, dans le cadre de la lutte contre la corruption. Est-ce une avancée significative ou une opération de séduction ?

Ibrahima Sanoh : C’est une opération de séduction. Parce que, premièrement, avant qu’il ne soit là, il y avait un ensemble de dispositifs institutionnels  qui avaient été créés, qui reprenaient les lois sur la lutte contre la corruption. Du coup, il y avait une marge de possibilité. Mais, lorsqu’il est venu, il n’a pas fait grand-chose. La première des choses qu’il devrait faire, c’est d’abord d’établir toute la vérité sur l’authenticité de son diplôme de docteur. Parce que nous l’avons défié dans ce sens, mais il n’a pas voulu répondre. L’autre chose, aussi, c’est que si certains pensent qu’ils luttent contre la corruption, nous on pense que ce n’est pas ça.

En matière de lutte contre les malversations financières, il a, quand même, posé des actes. C’est le cas des affaires OGP, OGC et Lonagui ?

A l’OGP, c’était  pratiquement une régie financière. Et dans une régie financière,  il y a, entre autres, le conseil d’administration et le commissaire aux comptes. Le conseil d’administration qui est la tutelle financière, est politique. Donc, si on pense que le directeur général n’a pas pu bien gérer l’entreprise, et que les comptes sont souvent agréés par le commissaire aux comptes, et par la tutelle, il faut qu’il y ait une certaine clarté par rapport à ces choses. Mais, nous voyons que c’est sont des acharnements. Ce sont des personnes qu’on élève pour remplacer d’autres personnes. Mais, ce n’est pas, pratiquement, une lutte contre la corruption. Posez-vous la question pourquoi c’est seulement à l’OGP et à l’OGC qu’on l’a fait ? Est-ce que ce sont les seules régies financières en Guinée ? Supposons que les autres gèrent mal. Alors, vous pensez que c’est là où on gère bien qu’on peut voler ? Alors, pourquoi il n’y a pas d’audit systématique à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), à la Direction nationale des impôts, à la Douane, au Fonds d’entretien routier, au Port autonome, au secrétariat général des affaires religieuses. Je veux donner une illustration. Vous avez la Société des eaux de Guinée, l’Office national du tourisme, la Soguipah qui n’ont pas un conseil d’administration. C’est comme ça qu’on lutte contre la corruption ?

Objectif224.com : La Guinée a été classée sur le plan mondial comme l’un des pays les plus corrompus. C’est cette réalité que vous décrivez qui serait la cause ?

On ne juge pas les choses par les effets d’annonce ou par des opérations éparpillées dans le temps et dans l’espace. Aujourd’hui, la Guinée est le 19ème des 21 pays les plus corrompus au monde. Dans la sous-région, la Guinée ne fait mieux que, seulement, la Guinée Bissau. Les causes sont profondes. Premièrement, c’est qu’il n’y a pas une stratégie nationale de la lutte contre la corruption. Il y a beaucoup d’institutions qui ont été créées à cet effet, mais toutes rattachées à la présidence de la République. La stratégie voudrait qu’on dise que : voilà le département qui doit faire ça, voilà son budget et voilà les résultats qu’on attend de lui. Autre chose, les institutions sont discrétionnaires, et Alpha Condé les crée et il les rattache à la présidence. Et automatiquement, les institutions perdent leur autonomie. Donc, on peut assimiler ces actions à une opération contre des adversaires politiques. Et l’autre chose, il y a l’impunité. Vous avez vu combien de fois le procureur de la République se saisir d’une affaire depuis qu’Alpha Condé est là.

Propos recueillis par

Mamadou Alimou Barry

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