Thierno Ousmane Diallo, ministre du tourisme : « En Guinée, les gens voient les touristes comme des intrus ».

Le ministre du tourisme, de l’hôtellerie et de l’artisanat a accordé un entretien à notre reporter, ce lundi 04 mars 2019, à son domicile à Kipé. Son bilan et les difficultés et perspectives de son département ont été abordés. Thierno Ousmane Diallo a tout de même promis de s’exprimer, plus tard, sur la question liée à Kaporo-rails. Lisez donc cet entretien !

Objectif224.com : Dites-nous ce que vous avez pu faire depuis votre nomination ?

Thierno Ousmane Diallo : En résumé, depuis 2016, je suis à la tête de ce département. Beaucoup de choses ont été faites. La première des choses a d’abord été de restructurer le département du  tourisme de l’hôtellerie et de l’artisanat, en prenant en compte tous les paramètres. On a installé des directions nationales et des directions générales, et mettre les services d’appui. Après ça, nous sommes passés aux textes législatifs. Nous avons mené beaucoup de discussions pour arriver à cette restructuration. Parce que comme vous le savez, cela nécessite beaucoup de moyens et de mobilisation humaine, pour mettre en place une convention collective pour le secteur de l’hôtellerie. Quand on travaille dans l’hôtellerie ou la restauration, c’est un emploi à haute intensité de main d’ouvre. C’est un travail très difficile parce qu’on passe toute la journée arrêter. Et le plus difficile, c’est de passer toute la journée à observer des gens qui mangent. Donc, il faut règlementer entre le patron et les employés. C’est ce que nous avons fait comme convention collective. Et c’est en fonction du nombre d’étoiles, de la valeur ou du standing de l’hôtel, qu’on paie les travailleurs. Par exemple, celui qui travaille à Sheraton n’a pas le même salaire que celui qui travaille à Onomo. De même que celui qui travaille à l’hôtel Kaloum n’a pas le même salaire que celui qui travaille à Noom. Mais tous ceux qui sont au même niveau, en termes de standing, paient les travailleurs un montant qui leur permette d’équilibrer leur situation familiale. Et de vivre décemment, parce que travailler dans un hôtel est un métier noble et faire la cuisine est un métier noble.

Deuxièmement, nous avons  fait une lettre de politique de développement du tourisme  en Guinée. Cela compte pour les années à venir, c’est-à-dire savoir d’où on est parti où on en est et où on va. C’est très important pour l’appui que cela doit nous apporter au niveau des organismes internationaux. Et cette lettre est déjà prête. Pour la faire, nous avons été appuyés dans ce sens par l’Organisation internationale du tourisme et le PNUD. Nous avons organisé un atelier de validation à cet effet. Nous allons vers sa mise en œuvre avec nos partenaires. Après, nous allons attaquer le code du tourisme et le code du guide. Parce que quand un touriste vient, il a besoin d’un guide, une personne qui comprend plusieurs langues, mais aussi l’histoire et la géographie du pays.

Pourquoi la Guinée n’attire pas suffisamment de touristes ?

La Guinée est une synthèse du tourisme en Afrique de l’ouest. Cela veut dire que tout ce qu’on trouve dans les pays voisins se retrouve chez nous. C’est Dieu qui l’a fait et nous en sommes fiers. Maintenant, il faut dire qu’il y a des difficultés. D’ailleurs, nous en rencontrons beaucoup. D’abord, il y a des difficultés d’ordre infrastructurel. Nous avons commencé à régler certains problèmes grâce au leadership du président de la République qui a attiré beaucoup d’investisseurs qui ont construit des hôtels. Il nous reste l’intérieur du pays. Mais, on a la chance d’organiser la Can 2025. Toutes les capitales régionales auront leurs stades et leurs hôtels. Donc, c’est une chance pour nous. Ensuite, on a un autre déficit, c’est la formation. Parce que qui dit hôtel dit personnel. Il faut former les personnels. Nous travaillons avec certains instituts ou écoles professionnelles qui s’occupent de la formation. Nous associons les hôtels qui prennent les jeunes en charge. L’hôtellerie ne fait forcément partie de notre culture. Les gens rentrent à l’hôtel. Et quand on leur dit de servir, il se trouve que c’est la première fois qu’ils voient une table qui est mise en model européen. Donc, il faut leur expliquer et les former sur comment on fait la table et on classe les vers, etc. Ensuite, nous attaquerons le rôle régalien de l’Etat qui n’est pas de construire des hôtels. Mais, nous faisons en sorte que cela soit facilité, en créant toutes les conditions d’encouragement. Et signant des conventions gagnant-gagnant, donc à l’avantage de la Guinée et des investisseurs.

Mais, il y a un problème important dont la résolution nécessite l’apport de tous les Guinéens. Quand le touriste vient en Guinée, il utilise un service transversal. Dès qu’il descend à l’aéroport, il est pris en charge par les guides. Il y a un taxi-maitre qui le transporte. Donc, ça profite à ce chauffeur. Après là-bas, il va à l’hôtel. Puisqu’il a besoin de manger, il achète du pain. Cela profite au boulanger. Quand il mange une salade, cela profite à celui qui fait des cultures maraîchères. Quand il mange de la viande, cela profite aux éleveurs. En partant, il achète un objet de souvenir de l’artisan. Donc, ça permet aux artisans. Tout cela fait travailler les guinéennes. Mais, la difficulté est que nous héritons d’un passé qui est un peu compliqué. Les gens voient les touristes comme des intrus. Il faut que les gens arrêtent de penser que ceux qui viennent chez nous, nous dérangent. Les services de sécurité et tous les citoyens doivent savoir comment traiter les clients étrangers. Il faut qu’on les accueille avec gentillesse, sinon ils iront ailleurs. Le Sénégalais est très souriant. Nous aussi, nous pouvons être souriants et aimables pour qu’ils viennent chez nous. Ils vont nous adorer, et nous allons leur vendre notre culture. Il y a des touristes qui viennent pour apprendre à taper sur le tam-tam. Qu’on le leur apprenne, puisque c’est ce que nous avons à mettre à leur disposition, afin que la Guinée soit un pays de touristes qui prospère, pour le bonheur de tous les Guinéens.

Quels sont les sites touristiques les mieux visités en Guinée ?      

C’est d’abord la montagne de Mali qu’on appelle ‘’Dame de Mali’’. Il y a le parc de Gnokolokoba, mais qui n’est pas aménagé du coté guinéen. Il y a les sapins de Dalaba. Si vous allez là-bas, et que vous vous levez le matin, vous regardez les montagnes avec cette brume comme le voile d’une mariée, c’est très beau. Et ça fait plaisir aux touristes  parce que ça n’existe que chez nous. Il y a d’autres touristes qui vont visiter les monts Nimba, pour y voir les crapauds vivipares et les chimpanzés. Nous avons des sites qui sont classés dans le patrimoine de l’UNESCO. En Haute Guinée, il y a les anciens sites de Niani. En Moyenne Guinée, il y a les sites de Timbo où le couronnement des Almamy se déroulait. Nous avons toute cette nature qui fait que la Guinée est attrayante. Il ne faudrait pas qu’on détruise tout.

Entretien réalisé par

Mamadou Alimou Barry

626401679/  660948597

 

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