Alpha Amadou Bah, président de l’Union des transporteurs routiers : « Si on transportait vraiment des armes ou des munitions, il y aurait déjà eu des arrestations »

Au cours d’une entrevue téléphonique qu’il nous a accordée, le président par intérim de l’Union Nationale des Transporteurs Routiers de Guinée, a exprimé ses profondes inquiétudes face à la décision de fermeture des frontières terrestres à toute importation. Alpha Amadou Bah a invité le gouvernement à revoir cette décision qui violerait le principe de la libre circulation des personnes et de leurs biens dans la zone CEDEAO.

Objectif224.com : Bonjour M. Bah. Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la fermeture des frontières terrestres aux importations ?

Alpha Amadou Bah : Cette décision du gouvernement nous affecte sérieusement. D’autant plus qu’avant de prendre la décision d’interdire les exportations, ils n’ont pas averti l’Union des transporteurs, ni la Fédération des transporteurs et mécanique générale, encore moins la faitière patronale (interlocuteur entre gouvernement et transporteurs). Le gouvernement aurait dû nous en parler. Cela nous aurait permis de prendre des dispositions. Au moins, on n’aurait pas accepté les commandes des commerçants, et aller prendre les marchandises et venir se bloquer au niveau des frontières.

A ce jour, quelle est la nature des marchandises qui peuvent être impactées en cours de route par la péremption ?
Nous avons des marchandises comme les produits cosmétiques, la farine, les colas et même les denrées alimentaires provenant de la Sierra Leone ou du Sénégal. C’est le cas des tomates, des oignons, et aujourd’hui même le piment qui vient du Sénégal.
Aujourd’hui, nous avons à peu près 700 camions qui sont sortis de la Guinée pour aller chercher des marchandises, et qui se retrouvent à la frontière des pays voisins. Nous avons même des véhicules qui sont allés charger au Nigeria et au Ghana.
Du côté de la Sierra Leone, nous avons 100 et quelques camions stationnés, du côté de N’Nzérékoré, à Kourémalé, à San Bailo aussi plus d’une centaine de camions. Et, certains sont dans les usines en train de charger, tandis que d’autres n’ont pas encore chargé à cause du blocus.

Quelles sont les conséquences de cette situation ?
Pour un véhicule qui est sorti pour aller prendre de la marchandise, il ne peut pas entrer sans marchandise, parce que les numéros d’immatriculation sont déjà transmis à la douane des pays traversés avec la déclaration d’exportation. Et, quand le véhicule revient sans la marchandise, il sera immobilisé par la douane, parce qu’ils vont se dire que la marchandise a été déchargée ailleurs.
Et, avec cette fermeture des frontières, si nos camions peuvent sortir avec de la marchandise pour d’autres pays avec un laissez-passer, alors qu’ils n’ont pas la possibilité de revenir, c’est une énorme perte.
A l’interne, dans nos marchés, on commence déjà à constater une pénurie de certains aliments. Et cela, c’est au risque et au péril des pauvres citoyens.
Et, ces camions sont stationnés dans la brousse. Chaque camion a, normalement, trois personnes à son bord. Par exemple, ceux qui sont du côté du Sénégal à Niokolo Koba, ils sont obligés de marcher à 10 km pour aller chercher de la nourriture tous les jours.
Aujourd’hui, il y a aussi une situation de deux poids deux mesures qui se passe au niveau de ces frontières. Il y a des Chinois qui achètent des carreaux au Sénégal, qu’ils chargent dans des véhicules du Sénégal ou même de la Guinée, et, aux frontières, eux, ils ont la possibilité de passer alors que nous, on nous empêche de rentrer dans notre propre pays.
A Kourémalé, par exemple, les marchandises à destination de Siguiri ou de Kankan, entrent librement. C’est comme si cette mesure visait juste une catégorie de transporteurs. Et cela ne favorise pas la cohabitation. S’il y a du bonheur qu’on se le partage, et pareil pour le malheur.
Tout ce que nous avons ici en consommation, la majeure partie est importée. Et nous payons nos droits et taxes, même s’il n’y pas de routes. Le 29 mars 1982, la CEDEAO avait instauré à Cotonou, la libre circulation des personnes et de leurs biens dans la sous-région. Ils ne peuvent pas fermer les frontières ici en Guinée, et que les autres pays restent sans fermer les leurs. Parce que ce n’est pas une épidémie qu’il y a en Guinée. Ils risquent de nous mettre sous embargo.

Selon les autorités guinéennes, cette mesure aurait été prise pour maintenir la stabilité et la sécurité des Guinéens jusqu’au lendemain des élections du 1er mars 2020. Pour eux, il y a des risques que des personnes fassent entrer des armes en Guinée.
Dans nos activités, on n’a jamais vu un transporteur qui transporte ces marchandises illégales. Là où on charge nos marchandises, c’est la douane du pays qui vérifie la nature des produits et veille jusqu’à la fin de l’embarquement ? Après, ils nous escortent jusqu’à la frontière où le camion fait objet d’inspection et de dédouanement. Et à Madina, il y a la brigade mobile et la brigade spéciale qui veillent jusqu’à ce qu’on finisse de décharger la marchandise. Si on transportait vraiment des armes ou des munitions, il y aurait déjà eu des arrestations.

Quel est votre appel aux autorités guinéennes ?
Vu qu’on n’était pas avertis à temps, qu’on nous laisse passer avec ces camions ? Qu’on nous donne un délai, même si c’est d’un mois, pour nous permettre de décharger toute cette marchandise.
Celui qui, par exemple, a dix (10) véhicules, c’est plus de quatre milliards à cinq milliards, sans la marchandise. Et, s’il y a un autre phénomène comme les incendies, c’est nous qui allons perdre. On a un contrat avec les commerçants propriétaires des marchandises. Du chargement jusqu’au débarquement, nous sommes responsables de tout ce qui va advenir à la marchandise. Et s’il y des pertes ou des dégâts, nous sommes responsables et nous serions tenus de rembourser.
Nous sollicitons vraiment de l’aide pour palier à cette situation.

Entretien réalisé par
Mariama Barry

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